Le nouveau vaisseau amiral d’Android sortira le 17 novembre. Avec à son bord un Ice Cream Sandwich envoûtant... et risqué !

L’année passée, j’ai rédigé un billet intitulé : "Nexus S : quelques réflexions". [1] Une certaine ressemblance avec le titre de ce billet ? En même temps, on ne va pas réinventer la roue à chaque fois : l’objectif de cet article est exactement le même que celui consacré au précédent Nexus. C’est-à-dire donner ma goutte d’eau dans l’océan des réflexions que le web peut contenir sur ce sujet. (Oui, je me sens d’humeur poétique aujourd’hui.)
Comme pour la sortie de son prédécesseur, ce Galaxy Nexus pose un certain nombre de questions. S’il émerveille par certains aspect, il laisse songeur sur d’autres.
Les performances du hardware
Pour commencer, que penser du hardware ? Le processeur : dual-core de 1.2 Ghz. C’est bien, mais ce n’est pas - plus ? - exceptionnel. Cela a même tendance à être la norme. L’APN ? 5 mégapixels. Le standard depuis... oh ! Disons un an ou deux. L’écran ? 4.65 pouces semble énorme. Mais il faut garder en tête qu’en l’absence de boutons physiques, une partie est consacrée à la navigation. L’espace disponible pour l’affichage d’informations est donc grosso modo identique à un Samsung Galaxy S2, ou à peine plus grand. D’ailleurs le Samsung Galaxy Note, qui présente un écran de 5.3 pouces, [2] est loin devant. Quoi d’autre ? La résolution d’écran (1280x720) est cependant excellente. Le giga de RAM est aussi confortable. On notera de plus l’absence d’un slot micro-SD, comme c’était déjà le cas sur le Nexus S. La tendance à l’abandon d’un tel moyen de stockage se confirme donc, ce que je continue de regretter. Enfin, on retrouve l’écran incurvé du Nexus S. [3] La nouvelle signature de la gamme Nexus ? En tous cas celle créée par Samsung.
Bref : le hardware est "à niveau" si on le compare notamment au Samsung Galaxy S2, [4] mais pas particulièrement en avance non plus. Rien de révolutionnaire, ce qui pourra en décevoir quelques-uns. Surtout ceux qui attendaient, une fois encore, d’un appareil de la gamme Nexus d’être en avance sur son temps. Je répéterai donc ce que j’avais déjà dit lors de la sortie du Nexus S il y a un an : "Google ne cherche pas à produire un "super-phone". Du moins pas dans l’absolu. Le vaisseau amiral d’Android ne doit pas nécessairement avoir des spécifications extraordinaires. Il doit d’abord avoir les spécifications optimales pour un fonctionnement "normal" d’Android et doit fixer des standards de qualité." [5]
Bref, sur le plan du harware, ce Galaxy Nexus se situe au-dessus de la moyenne des smartphones haut de gamme actuellement sur le marché, sans être inaccessible pour autant. La majorité des constructeurs vendent, par ailleurs, des appareils offrant déjà ces performances, ou s’en rapprochant.
Les performances d’Ice Cream Sandwich
Côté hardware, donc, quelques nouveautés intéressantes, mais rien de révolutionnaire. Par contre, le saut de version d’Android est à prendre en compte. Si le Nexus One embarquait Eclair, mettant fin aux versions 1.x d’Android, le Nexus S n’embarquait, avec Gingerbread (Android 2.3), qu’une évolution de cette version 2.1. Or, le Galaxy Nexus sera mis en vente avec un nouveau saut de version important (Android 4.0, Ice Cream Sandwich), mettant fin à la fois aux version 2.x pour smartphones et 3.x pour tablettes. Que constater de cette nouvelle itération d’Android ?
Parmi les points qui ressortent le plus souvent dans les différentes vidéos que j’ai regardées et les tests que j’ai lus, c’est la fluidité. Pour la première fois (il était temps !), Android semble aussi réactif et fluide qu’iOS ou Windows Phone. Grâce à une "vraie" accélération matérielle. Android augmente donc sa capacité à "produire du plaisir à l’utilisation", ce que l’on appelle plus classiquement l’expérience utilisateur. Voilà qui ne fera pas plaisir du tout à Apple.
Autre changement notable : l’intégration de Google+, le réseau social de Google. Les widgets sont également plus accessibles et classés côte à côte avec les applications. Le précédent défaut ergonomique est à présent effacé (widgets accessibles uniquement via une touche prolongée de l’écran ou le menu depuis le bureau). Personnellement, j’apprécie particulièrement l’amélioration de la commande vocale, puisque j’utilise cette fonction au quotidien : les mots sont écrits au fur et à mesure qu’ils sont dictés, et non plus par blocs. Cela ne révolutionne rien du tout, mais c’est une amélioration notable.
L’esthétique : force ou faiblesse ?
On pourrait citer beaucoup d’autres implémentations, comme la reconnaissance faciale pour déverrouiller l’écran, la possibilité de faire des copies d’écran sans accès root, ou encore la façon très "iOS" de créer des dossiers (par superposition d’icônes), mais ce qui me semble être le changement aux conséquences les plus importantes, c’est l’esthétique.
Ice Cream Sandwich (ICS) est fortement inspiré de Honeycomb. La ligne graphique est identique. On retrouve donc le style très "Tron" [6] des tablettes sous Android. Ce choix n’est pas sans conséquence. Jusqu’ici, les différentes version d’Android pour smartphone étaient relativement peu "typées". Ainsi, Gingerbread s’habillait essentiellement de noir avec des icônes colorées mais sobres. N’importe quel constructeur pouvait ainsi s’approprier cet Android-là et facilement se démarquer de la concurrence en modifiant ne serait-ce que sommairement l’interface graphique. Y mettre une nouvelle identité visuelle se faisait sans trop de difficulté et à moindre coût, sans que cela nuise à la cohérence graphique globale. Mais il en est tout autre avec ICS : son style très marqué, avec des choix de couleur non neutres, des polices d’écritures et des icônes particuliers, rend Android plus difficile à personnaliser sans risquer d’importantes incohérences graphiques. Cet aspect était déjà évident avec les tablettes sous Honeycomb. Prenez par exemple une Asus Eee Pad Transformer et une Galaxy Tab 10.1 sous les yeux : les différences seront peu perceptibles. Alors que celles entre un HTC Sensation (sous Sense) et un Samsung Galaxy S2 (sous Touchwiz) sont très marquées.
Quelles conséquences ? Les envies de personnalisation de la part des constructeurs sont à revoir en partant de zéro. Les évolutions lentes en matière d’interface graphique d’Android laissent place à un changement brutal qui va compliquer passablement la création d’une personnalisation harmonieuse, et donc coûter cher en ressources. Il est donc probable que certains constructeurs renoncent à upgrader leurs appareils vers ICS, quand bien même ils seraient très récents. C’est peut-être un peu à cause de cela que LG avait annoncé, dans un premier temps, renoncer à mettre à jour le LG Optimus 2X, premier smartphone à double-coeur, sorti en début d’année. Et a priori capable de faire tourner ICS les doigts dans le nez. LG semble être revenu un pas en arrière : après avoir indiqué qu’il "réfléchissait à la question", il vient de confirmer que l’Optimus 2X hériterait finalement d’ICS. [7] Pourtant, la mise-à-jour du LG Optimus 2X - qui va recevoir dans les jours à venir Gingerbread, sorti dans le courant du premier semestre 2011 - devait aller de soi, même en tenant compte des retards légendaires de ce constructeurs dès qu’il s’agit de suivis. Est-ce que cette hésitation est à mettre sur le compte de l’interface utilisateur d’Android 4.0 ? Partiellement peut-être.
Autre conséquence possible : les constructeurs renoncent à faire des changements en profondeur, mais essaient de se distinguer de la concurrence sur le plan du hardware. Soit en proposant des designs plus variés, soit en renforçant la course à la performance et aux superlatifs. En attendant, les utilisateurs bénéficieraient peut-être d’une version Android aussi proche que possible de l’original. Ce qui, à mon sens, ne serait pas une si mauvaise chose. Mais plus vraisemblablement, les constructeurs pourraient mettre beaucoup de ressources dans la personnalisation de leurs appareils tout en décidant d’espacer encore davantage les mises-à-niveau, n’en proposant qu’une sur deux au mieux. Surtout si les changements d’interface venaient à se multiplier dans les mois à venir. Ce ne serait pas le meilleur des signaux.
Android : une nouvelle ère
Comme on peut le voir, ce changement d’UI n’est pas sans conséquence sur les constructeurs et leur stratégie de mise-à-niveau. Des adaptations seront plus que jamais nécessaires. On peut dès lors se demander si ces changements en profondeur sont une bonne chose pour Android et, ultimement, le consommateur soucieux d’avoir la dernière version d’Android. Mon conseil pour ce dernier : prenez un appareil de la gamme Nexus et laissez au "client lambda", peu soucieux de la version d’Android sur laquelle ils est, les autres modèles.
Quoi qu’il en soit, cet Ice Cream Sandwich et ce Galaxy Nexus marquent une nouvelle ère pour le Robot Vert. L’ère du smartphone sans bouton, comme le N9 sous MeeGo. L’ère du système d’exploitation souple, qui s’adapte aux écrans des tablettes comme à ceux des smartphones. L’ère des applications uniques pour l’un et l’autre format avec, à nouveau en fonction de la taille de l’écran, des événements qui s’affichent successivement ou en parallèle. Et surtout, pour Android, une bonne accélération matérielle avec la fin des micro-saccades.
Reste une question en suspens : avec l’acquisition récente de Motorola par Google, [8] a-t-on là (bientôt) entre les mains le dernier Nexus produit par Samsung ?
Pour ma part, que ce soit ce modèle ou son successeur, c’est décidé : mon prochain smartphone, si je reste sous Android, sera un Nexus.
Ou ne sera pas.
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